SANTÉ À VOIX HAUTE N°95 - MAI 2026
Parmi les 100 000 médecins spécialistes en médecine générale en 2025, seulement la moitié sont installés en cabinet libéral et leur nombre diminue. Les autres exercent en centre de santé, sont remplaçants, ou travaillent dans un autre secteur d'activité. Il n'existe d’ailleurs aucun état des lieux précis de l'activité des spécialistes en médecine générale, alors que le paysage de la médecine générale s’est profondément diversifié en trois décennies.
Former des médecins généralistes est une chose. Rendre attractif l’exercice de la médecine générale en est une autre.
MAISONS DE SANTÉ PLURIPROFESSIONNELLES =
17 % DES GÉNÉRALISTES LIBÉRAUX
L’exercice regroupé est devenu la règle générale, en particulier chez les jeunes généralistes, mais 31 % des généralistes exercent encore en cabinet individuel (2022). Le développement de l’exercice pluriprofessionnel est en partie porté par l’augmentation du nombre de maisons de santé pluriprofessionnelles. Les MSP regroupent, sur un ou plusieurs sites, des médecins et d’autres professionnels de santé, autour d’un projet de santé commun.
Mais seulement 17 % des généralistes libéraux appartiennent à une MSP avec des écarts très importants entre régions : un quart des généralistes dans les Pays de la Loire contre seulement 12 % en Provence Alpes Côte d’Azur. 2981 MSP sont recensées actuellement rassemblant 52 000 professionnels ; généralistes, autres spécialités, infirmiers, sages-femmes …
CENTRES DE SANTÉ ASSOCIATIFS, OU PAS
Le modèle des Centres de santé (les anciens dispensaires) connaît une nouvelle jeunesse ; on en compte plus de 2 500 (dont 582 sont pluriprofessionnels) mais qui n’accueillent pas forcément des généralistes, certains étant dédiés aux soins ophtalmologiques ou dentaires par exemple. Dorénavant présents sur tout le territoire, ils attirent des médecins qui ne souhaitent pas s’installer en libéral, avec les contraintes administratives, voir l’engagement financier que cela implique.
Les centres de santé sont le plus souvent associatifs mais un certain nombre d’entre eux attirent des capitaux privés. C’est notamment le cas du leader des cliniques privées, Ramsay Santé, qui dispose de 23 centres médicaux dans toute la France. Le groupe Elsan, autre groupe hospitalier, déjà implanté à Paris et à Lyon, vient d’ouvrir un nouveau centre de santé à Nantes.
Ipso santé développe quant à lui un autre modèle, avec des plages horaires très étendus et essentiellement tourné vers les soins de premier recours ; 8 cabinets médicaux sont ouverts à Paris, Lyon, Marseille, Rennes et bientôt Nantes.
Certains acteurs semblent avoir investi ce champ d’activité mais de manière purement spéculative ; les cabinets médicaux du groupe Somed sont en liquidation judiciaire*, ce qui a laissé sans solution des milliers de patients qui n’ont même pas accès à leur dossier médical.
CENTRES DE SOINS NON PROGRAMMÉS
Face à l’encombrement des services d’urgences, et avec des cabinets médicaux qui ferment leurs portes en fin d’après-midi, les centres de soins non programmés (CSNP) fonctionnant 7/7 avec des horaires élargis répondent aux besoins d’une clientèle urbaine qui n’a pas de médecin traitant ou pour des soins urgents. N’ayant pas d’existence institutionnelle, ils sont difficiles à identifier : entre 400 et 600 selon les sources indique le rapport IGAS, chiffre qui témoigne du dynamisme de leur développement. Les CSNP se développent rapidement car ils répondent aussi aux attentes des patients à cause de leurs horaires étendus comme des professionnels de santé (anciens urgentistes notamment) qui ne veulent pas s’installer en clientèle. Leur développement est plus marqué dans les régions Provence–Alpes–Côte-d’Azur et Auvergne–Rhône-Alpes, le département des Bouches-du-Rhône possédant le plus grand nombre de structures. À l’inverse, 21 départements métropolitains ne compteraient aucun CSNP. L’assurance maladie, les syndicats médicaux, l’Inspection générale des affaires sociales … toutes les institutions semblent souhaiter une régulation de ces activités, nées à l’initiative de professionnels de santé.
LES INNOVATIONS
Enfin, le dispositif Article 51 (de la loi de financement de sécurité sociale 2018) a permis de tester en vraie grandeur des innovations organisationnelles et de financement, proposées par des professionnels de terrain, et soutenues financièrement par l’Assurance maladie, certaines ayant déjà reçu un avis favorable à leur généralisation. Ainsi, le groupe Ipso santé expérimente depuis cinq ans la rémunération forfaitaire de médecins libéraux.
RECOURS AUX TÉLÉCONSULTATIONS
8,9 % DE LA POPULATION ADULTE
En 2022, 4,8 millions d’adultes ont eu recours à la téléconsultation en médecine générale, représentant 8,9 % de la population adulte. 78 % ont été réalisées par des médecins généralistes libéraux, 20 %étant effectuées via des plateformes et 3 % en centre de santé (CNAM).
Cette diversification des modes d'organisation, qui touche principalement les grands centres urbains est à rapprocher de la baisse des effectifs des médecins installés en libéral (3 000 généralistes de moins en 14 ans). Les jeunes praticiens - chaque année plus de 3 000 nouveaux médecins généralistes cherchent à s'installer - semblent moins attirés que leurs ainés par l'exercice libéral, et l'engagement qu'il nécessite. Cette diversification répond sans doute aux attentes de jeunes médecins ou de praticiens qui n'acceptent plus le même engagement professionnel ; elle marque ainsi la fin du "modèle sacrificiel".
François Tuffreau, publié le 14 mai 2026