Depuis 2022, les assurés sociaux ont la possibilité d’accéder à des consultations de psychologues remboursées par l’assurance maladie. La Délégation ministérielle à la santé mentale et à la psychiatrie, et la Direction de la sécurité sociale viennent de restituer une première évaluation du dispositif.
Selon les dernières statistiques publiées par l'assurance maladie, Mon soutien psy semble prendre son envol, avec 5 217 psychologues conventionnés au 28 février 2025, soit une progression de 80 % en 9 mois. Dans le même esprit, 586 858 patients ont bénéficié d’un suivi psychologique (soit 250 000 de plus qu’en juin 2024).
« Mon soutien psy » a été lancé officiellement sur tout le territoire en 2022 après une expérimentation de quatre ans. Ce nouveau dispositif a pour objectif d’améliorer l’accès à un accompagnement psychologique, en développant une offre de soins conventionnée en libéral susceptible de prendre en charge les cas anxieux ou les épisodes dépressifs qui ne justifient pas d’une prescription médicale, en complément l’action des généralistes ou des centres médico-psychologues.
Un entretien d’évaluation et sept entretiens de suivi sont pris en charge par l’assurance maladie (60 %), le solde étant supporté par les complémentaires. Ce conventionnement avec l’Assurance maladie impose aux professionnels de ne pas pratiquer de dépassement. Pour faciliter l’accès aux psychologues, un site internet est mis à la disposition des patients.
Pour être éligible au dispositif, les psychologues candidats doivent être titulaires d’un master en psychologie, attester d’un parcours en psychologue clinique ou psychopathologie, et disposer d’une expérience professionnelle de trois ans minimums. Pour le moment, la sélection des candidats s’effectue nationalement, grâce à un comité d’expert chargé d’examiner chacune des candidatures proposées.
Initialement, l’accès au psychologue devait s’effectuer, via un médecin prescripteur. Dans un deuxième temps, cette possibilité a été ouverte aux sages-femmes. Le dispositif s’est encore élargi, les patients pouvant dorénavant consulter le psychologue sans prescription préalable.
Autre changement intervenu, le nombre d’actes pris en charge par l’assurance maladie est passé de 8 à l’origine à 12 aujourd’hui.
Dernière évolution et non des moindres : la séance d’évaluation était rémunérée initialement 40 € et les séances suivantes 30 €, les patients faisant l’avance de frais. Les tarifs ont maintenant évolué, chaque acte étant rémunéré 50 € (évaluation ou suivi).
Au 30 juin 2024, 330 402 personnes avaient déjà eu recours au dispositif deux ans après son lancement, pour 1,8 millions de séances réalisées. Les bénéficiaires sont majoritairement des femmes (70 %), et 12 % sont âgés de 18-25 ans ; par ailleurs 11 % des bénéficiaires relèvent de la complémentaire santé solidaire.
Les deux tiers des patients n’ont bénéficié d’aucun antécédent en matière de recours aux soins psychiatriques ce qui correspond à l’objectif initial du dispositif. En revanche, 36 % avaient déjà eu recours à des soins, 12 % étant reconnus comme souffrant de maladies psychiatriques (au titre d’une affection longue durée).
À la mi 2024, 2 500 psychologues étaient inscrits dans le dispositif– parmi les 20 000 professionnels répondant aux conditions fixées pour y participer.
Ce nouveau dispositif complète l’offre de soins en matière de santé mentale, à côté des consultations en centre médico-psychologique (CMP) et dans les services de psychiatrie, ou en libéral (psychiatres et psychologues). Cette offre n’est donc pas nouvelle dans la mesure où de nombreux psychologues exercent déjà en libéral. La grande nouveauté est le conventionnement qui permet un remboursement pour les assurés sociaux.
À son lancement, le dispositif a été massivement boycotté par les psychologues, la profession ayant estimé que le prix fixé pour les séances (30 euros) était trop faible. Depuis, comme on l’a vu, les tarifs des honoraires ont été réévalués.
Mais le combat syndical se poursuit entre organisations professionnelles de psychologues. Avec par exemple d’un côté la FFPP (Fédération française de psychologues et de psychologie) qui s’est impliquée dans les négociations avec l’Assurance maladie et de l’autre des organisation qui s'y sont opposées (Syndicat national de psychologues (SNP), ou Convergence des psychologues en lutte…). Pour la FNP, « S’inscrire dans ce dispositif, c’est volontairement aller dans le sens d’une servitude ». Bigre ! Le syndicat alerte « sur le risque majeur que représente la paramédicalisation pour l’autonomie de la profession : la perte d’autonomie technique du psychologue, qui ne pourrait alors plus choisir librement sa pratique et ses outils ».
Certains opposants considèrent que ce dispositif amputent les moyens de la psychiatrie publique. Mais les chiffres les plus récents montrent que l’effectif de psychologues hospitaliers dans les établissements psychiatriques a doublé en dix ans…
Selon les données plus récentes communiquées par l'assurance maladie, Mon soutien psy semble prendre son envol. L’assurance maladie dénombre 5 217 psychologues conventionnés au 28 février 2025, soit une progression de 80 % en 9 mois. Dans le même esprit, 586 858 patients ont bénéficié d’un suivi psychologique (soit 250 000 de plus qu’en juin 2024).
François Tuffreau, publié le 31mai 2025