SANTÉ À VOIX HAUTE N°94 - AVRIL 2026

Kylian Mbappé et le directeur général de l’assureur Alan, Jean-Charles Samuelian-Werve, au Musée du quai Branly, pour les 10 ans de la start-up, à Paris, le 23 mars 2026. ALAN
Kylian Mbappé et le directeur général de l’assureur Alan, Jean-Charles Samuelian-Werve, au Musée du quai Branly, pour les 10 ans de la start-up, à Paris, le 23 mars 2026. ALAN

Grande Sécu.

UNE PÉTITION À L'ASSEMBLÉE NATIONALE

Depuis maintenant dix ans, les employeurs du secteur privé participent pour moitié au financement d'au moins la moitié de la cotisation complémentaire santé de leurs salariés. Ceux-ci n’ont plus à leur charge que 30 ou 40 € par mois, alors que les retraités ont vu, pendant ce temps, leur cotisation grimper jusqu’à 130 à 150 € par mois. Depuis le 26 février, une pétition est en ligne sur un site de l’Assemblée nationale pour la création d’une « Mutuelle complémentaire gérée par la Sécurité Sociale ».

En 2016, la feuille de paye de millions de salariés du secteur privé a pris un petit coup de pouce suite à l’accord national interprofessionnel (ANI) signé en 2013 qui a instauré l'obligation de participation des employeurs au financement de la complémentaire de leurs salariés. Mais cette réforme a aussi bouleversé l’équilibre en vigueur entre les assurances santé, les institutions de prévoyance, et les mutuelles. Les négociations ont été très vives entre les différents assureurs santé au moment de négocier les contrats collectifs avec les entreprises.

Ainsi, Alan, une start-up fondée par deux ingénieurs issus de l’aéronautique et de l’analyse de données (Facebook, Instagram,Twitter) a décroché en 2016 la première licence d’assureur attribuée en trente ans par les autorités du secteur. Aujourd’hui, la société, qui est également présente en Belgique, en Espagne et au Canada, proclame le million d’assurés. « Côté financier, elle a annoncé, le 11 mars, avoir levé 100 millions € pour une valorisation de 5 milliards €, auprès notamment de deux de ses actionnaires historiques, le fonds anglo-saxon Index Ventures et le bancassureur belge Belfius, de business angels et un footballeur, Antoine Griezmann », indique le quotidien Le Monde. Par ailleurs, on apprend que Kylian Mbappé (voir photo ci-dessus) a signé un partenariat avec Alan, la star devenant actionnaire de l’assureur santé et promoteur des actions de prévention (Argus de l’Assurance).

Alan bénéficie d’un triple avantage par rapport à ses concurrents ; ses bénéficiaires sont essentiellement des actifs (contrats collectifs), et donc en meilleure santé que les retraités qui ont beaucoup plus souvent recours aux soins. Son avancée technologique lui permet d’annoncer que 97 % des feuilles de soins font l’objet d’un remboursement en moins de 24h. Enfin, sa structure commerciale est beaucoup plus légère que celle de ses concurrents dans la mesure où l’essentiel des contacts avec les assurés ont lieu par internet ou par un agent conversationnel. Quand on pense aux mutuelles qui ont des représentations locales sur l’ensemble du territoire, il est difficile de faire face à une telle concurrence. C’est ainsi qu’Alan a pris le marché de mutuelles bien implantées dans le secteur public, comme la Mgéfi, assureur santé historique du ministère de l'économie, ainsi que le marché du ministère de la transition écologique.

Une pétition sur le site de l'Assemblée nationale

La réforme de 2013 n’a pas bénéficié à tout le monde, car les complémentaires santé ont été obligées de serrer les prix, pour gagner des contacts collectifs avec les entreprises. Les contrats individuels des retraités en ont souffert avec une augmentation de plus de 25% des tarifs en trois ans.

Le Haut conseil pour l’avenir de l’assurance maladie avait déjà proposé en 2022 différents scénarios de développement de l’assurance maladie pour faire face aux difficultés de financement, qui ne sont pas nouvelles. L’un d’entre eux consiste en la création d’une « assurance complémentaire obligatoire, universelle et mutualisée », que l’on a l’habitude d’appeler la Grande Sécu. Mais l'exécutif n'a pas donné suite, et aucune décision n'a été prise pour garantir l'avenir de notre système de santé.

 

Ce sujet est de nouveau à l'actualité, sans doute avec l’approche de la campagne présidentielle. Une pétition a été mise en ligne sur le site de l’Assemblée nationale le 26 février dernier pour la création d’une « mutuelle complémentaire gérée par la Sécurité sociale », de façon à permettre une « prise en charge intégrale par la Sécu de l’ensemble des actes de soin et de prévention relevant de la solidarité et ayant montré leur efficacité ». Des membres du collectif Inter-Hôpitaux, le diabétologue André Grimaldi et le cardiologue Olivier Milleron sont à l’origine de cette pétition qui a reçu également le soutien de l’ancien directeur de Santé publique France, François Bourdillon.

100 000 signatures sont nécessaires pour que la pétition soit mise en ligne sur le site de l'Assemblée nationale pour plus de visibilité (et non sur site annexe comme actuellement), et 500 000 pour que la Conférence des présidents de l'Assemblée nationale décide d'organiser un débat en séance publique. On en est loin avec seulement 2 546 signatures au 10 avril ; il est vrai que les salariés ne se sentent pas vraiment concernés par le sujet, et la mobilisation des retraités est sans doute plus complexe, d’autant que la grande majorité de nos concitoyens ne comprennent pas forcément la nature de ces débats très techniques. Par ailleurs, cette pétition n'est pas soutenue par les syndicats, qui sont traditionnellement proches des mutuelles.

Sur les réseaux sociaux, les mutuelles sont très actives pour dénoncer ce projet qui menace en partie leur existence (et leurs effectifs salariés , considérant qu’il est parfaitement utopique. Or la grande sécu existe déjà depuis un siècle pour les assurés sociaux d’Alsace (Haut-Rhin et Bas-Rhin) et Moselle. Ceux-ci bénéficient d’un régime local complémentaire universel, financé par une cotisation supportée par tous les habitants de ces trois départements, qui leur offre une prise en charge quasi complète. Voilà de quoi alimenter les débats sur le financement de l'Assurance maladie, lors des prochaines présidentielles.

François Tuffreau, publié le 10 avril 2026



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