Téléconsultations : pourquoi pas ?

12 millions de téléconsultations ont été assurées en 2023 dans notre pays, un chiffre en net repli depuis l’épidémie de covid19, dans un contexte, il est vrai, fort différent. Ce nouveau type de consultations à distance concerne essentiellement les patients jeunes des grands centres urbains, et ne profitent pas aux zones qui souffrent d’un déficit de médecins. La Cour des comptes vient de dresser un état des lieux fort bien documenté.

60 % des consultations de psychiatre s'effectuent en téléconsultation

Lors des confinements sanitaires liés à la pandémie de covid-19, les téléconsultations (TLC), qui ont permis d’assurer la continuité des soins pendant les différentes périodes de confinement, sont passées de moins de 140 000 en 2019 à plus de 18 millions en 2020. Depuis, cette activité est en repli, avec seulement 12 millions de TLC enregistrées en 2023.

Un seul secteur tire son épingle du jeu dans cette évolution : les plateformes spécialisées, qui représentent aujourd’hui presque le tiers du total des TLC.

Les actes de TLC représentent une faible part de l'activité des généralistes et des spécialistes, respectivement 5,5 % des actes des généralistes et 2,1 % de ceux des spécialistes. La situation peut varier fortement selon les spécialités ; 60 % des actes cliniques des psychiatres (spécialité en accès direct spécifique pour les patients âgés de 16 à 25 ans) s’effectuent en téléconsultation.

Dans le secteur hospitalier, le recours à la téléconsultation est encore plus faible que celui constaté dans le secteur libéral. Les téléconsultations en médecine, chirurgie, obstétrique y sont passées de 1,4 million en 2020 à 494 000 en 2023. Elles ne représentaient, en 2023, que 1,4 % de l’activité de consultation hospitalière.

 

En Europe, la situation est extrêmement diverse en matière de recours à la téléconsultation. Les médecins allemands y ont très peu recours (2,2 millions d’actes en 2023). À l’inverse, dans certains pays, la proportion de téléconsultations dans l’activité de consultation atteint des niveaux très élevés ; jusqu’à 37 % en Estonie, 31 % au Damemark et 30 % au Portugal (voir graphique ci-dessous).

Les téléconsultations concernent essentiellement des patients heunes des grands centres urbains

Du côté des praticiens

La part des téléconsultations dans l’activité de consultation des médecins libéraux et des centres de santé est portée par la région Île-de-France (55 % des TLC). Inversement, les téléconsultations sont comparativement peu développées par les médecins exerçant dans les régions caractérisées par une faible densité médicale. Alors que les consultations à distance pourraient constituer un levier d’actions essentiel pour permettre à la population des zones déficitaires d’accès aux soins, c’est l’inverse qui se produit.

La Cour des comptes impute le faible développement de la téléconsultation aux médecins eux-mêmes, mais les faits observés contredisent cette hypothèse. Tout d’abord parce qu’une majorité de médecins ont une bonne opinion de ce type de pratiques : 53 % des médecins interrogés par l’Ordre national jugent leur développement comme une évolution plutôt bonne, voire très bonne, et 35 % l’estimaient même plutôt mauvaise, voire très mauvaise. Par ailleurs, la principalement variable expliquant les disparités de taux de recours en TLC ne provient pas de l’offre (les médecins et les plateformes) mais de la demande, c’est-à-dire la population, comme en témoignent les données ci-dessus.

Du côté des patients

Plus de la moitié des téléconsultations concernent des patients résidant dans des grands centres urbains. Inversement, les téléconsultations sont quasi absentes des zones rurales à habitat très dispersé, indique la Cour des comptes.

Par ailleurs, les jeunes adultes sont surreprésentés parmi les téléconsultants. C’est particulièrement le cas en Île-de-France où la prédominance des jeunes dans les patients qui téléconsultent est plus marquée qu’ailleurs et s’est renforcée en 2024.  Cette surreprésentation des jeunes s’explique en partie par le fait qu’ils sollicitent deux fois plus que le reste de la population des soins non programmés, lesquels constituent une part importante de la médecine à distance. La téléconsultation correspond alors à un besoin particulier de personnes présentant des symptômes d’affections aiguës bénignes auxquels les médecins des plateformes (pour partie des urgentistes) sont formés. En l’absence de téléconsultation, ce besoin ne pourrait être satisfait que par le recours aux urgences hospitalières, en raison des défaillances de la permanence des soins et du refus de nouveaux patients par certains praticiens, considère la Cour des comptes.


François Tuffreau, publié le 2 mai 2025, modifié le 5 mai

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